Le Roi Hamon ?

imageComment comprendre la première place de Benoît Hamon au premier tour des Primaires de la gauche ?

Il est possible de raisonner d’abord selon les clivages et jeux d’opposition traditionnels du monde politique, en voyant dans la première place de Benoît Hamon une victoire des Frondeurs et une prise de distance des électeurs de gauche avec le bilan de François Hollande et de son premier ministre. Dans une telle optique, on peut entendre ici et là que le vote en faveur de Benoît Hamon est un vote « plus à gauche », « plus socialiste » que le vote en faveur de Manuel Valls. Ou un pur vote de rejet à l’encontre de ce dernier.

Mais il est plus intéressant d’analyser ce score à la lumière des évolutions actuelles de la gauche. Benoît Hamon l’a d’abord emporté sur le terrain des idées : il est celui des sept candidats qui a le plus soulevé de débats de fond, en particulier autour de la question du revenu universel. Que l’on soit d’accord ou non avec la mesure, il est certain qu’elle est une tentative concrète d’apporter une lecture des problèmes de notre temps et de se projeter dans l’avenir (il serait temps de renoncer à la croissance et au plein emploi pour aménager au mieux la situation existant à partir d’un revenu garanti pour tous). Benoît Hamon a consacré le déclin d’une sociale-démocratie incapable d’apporter des réponses aux problèmes du temps et le manque de renouvellement d’un Arnaud Montebourg réalisant peu ou prou la même campagne qu’en 2012. Il est intéressant de remarquer, comme le faisait hier soir le politologue Gaël Brustier, que le score de Benoît Hamon est aussi dans la continuité du mouvement Nuit Debout, dans lequel la question du revenu universel avait été abordé, et qui constituait lui-même un concentré de rejet des impasses idéologiques de la gauche actuelle.

Que l’on soit d’accord ou non avec les idées de Benoît Hamon, son score au premier tour de la Primaire est une bonne nouvelle pour la politique. Son succès comme celui de François Fillon signifient le rejet des dirigeants précédents et la consécration de projets politiques cohérents. Contrairement au roi Amon, Hamon s’emploie à tracer une voie nouvelle, peut-être utopiste, mais détachée des idoles de ses Pères.