« Noël est un message de paix et nous vivons la violence »

LP / Olivier Lejeune
LP / Olivier Lejeune

Extraits de l’intervew de Mgr Barbarin dans Le Parisien

Comment être heureux en ce jour de Noël alors que nous vivons tous avec l’angoisse de l’attentat ?

Mgr Barbarin. Noël est un message de paix et nous vivons la violence. Il y a plus de 2000 ans, une jeune femme s’avance vers Bethléem avec son bébé dans le ventre : elle a plus de 100 kilomètres à parcourir à dos d’âne, tout cela parce que l’occupant romain a décrété qu’il fallait faire un recensement de la population. Partir ainsi à l’autre bout du pays, c’était déjà aussi une situation de violence ! Marie va alors mettre au monde «le prince de la paix», comme l’appelle le prophète Isaïe, qui a donné le plus beau titre de Jésus. Cela tombe bien, la paix, c’est vraiment ça dont on a tous le plus besoin aujourd’hui.

Quel message adressez-vous aux fidèles mais aussi aux non-croyants ?

Même si vous ne croyez pas en Dieu, fortifiez votre espérance car elle risque encore d’être mise à mal. Quand une personne ne sait plus où elle va, elle erre comme une âme en peine. L’espérance chrétienne, c’est ce qui nous tient. Ce n’est pas l’idée selon laquelle ça ira mieux demain mais c’est la certitude que, quoi qu’il arrive, Dieu ne vous abandonnera pas, et que vous restez dans sa main. Je souhaite bien sûr la joie de Noël à toutes les familles, c’est une fête qui s’est étendue au-delà des chrétiens et j’en suis très heureux.

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Une crèche de Noël a-t-elle sa place dans une mairie ?

Le conseil d’Etat s’est prononcé, il a répondu que oui si elle s’inscrit dans un environnement culturel et festif. Se bagarrer pour une crèche dans un lieu public est une petitesse française. Moi, mon problème est ailleurs : je préfèrerais qu’on s’insurge un peu plus pour toutes ces «crèches vivantes» d’aujourd’hui, que je vois dans mes paroisses de banlieue, à Bron ou à Villeurbanne, avec des gens qui dorment sous une bâche à côté de l’autoroute !

Les parlementaires ont adopté début décembre un texte visant à pénaliser les sites internet diffusant des informations «biaisées» sur l’avortement. Qu’en pensez-vous ?

C’est le début de la police de la pensée. On a quand même le droit de ne pas être d’accord. Il ne faut pas restreindre les libertés. S’il y a vraiment des erreurs et des mensonges véhiculés par ces sites, qu’on les montre ! Mais que ces plateformes disent : faites attention, car il y a souvent de graves conséquences psychologiques à un avortement, où est le problème ? Ces grandes souffrances, je les ai entendues cinquante fois ! On a le droit d’exprimer une vérité fréquemment constatée.