Le codex jordanien : rebondissement archéologique ?

Is this the first written mention of Jesus? 2,000-year-old lead tablets found in a remote cave ARE genuine, claim researchersQuoi en penser ? C’est désormais ce que l’on se pose comme question dès qu’on nous fait part, à grand renfort de titres racoleurs, d’une nouvelle découverte archéologique, en particulier quand elle prétend apporter un éclairage capital sur telle ou telle religion (sur Jésus, par exemple… au hasard).

L’affaire des Jordan Lead Codices semblait bouclée depuis 2012 : les analyse sur ce codex de plomb, prétendument découvert par un bédouin en Jordanie en 2008, et prétendument daté du Ier siècle de notre ère, ont toutes conduit jusqu’ici à déclarer qu’il s’agirait d’un faux moderne. Mais il semble que le couple Elkington qui défend l’authenticité de la découverte ait gagné une nouvelle corde à son arc. Une récente recherche dont les conclusions ont été relayées dans la presse américaine fin novembre, plaide en effet en faveur de l’authenticité. De quoi s’agit-il ? Rapide décryptage :

Au cours de l’année 2016, le professeur Roger Webb et le professeur Chris Jeynes, physiciens du laboratoire Nodus de l’université de Surrey’s Nodus Laboratory ont conduit de nouvelles analyses indiquant que le plomb du codex daterait bien d’il y a 2000 ans. Enthousiasmant… au point que le Daily Mail s’emballe à nouveau : « Is this the first written mention of Jesus ? ». Le codex est en effet censé apporter des « révélations » inédites sur la nature du mouvement fondé par Jésus, ses enracinement religieux et ses pratiques rituelles, et censé également comporter ce qui serait la plus ancienne représentation picturale du rabbi de Nazareth.

Sans se prononcer sur la fiabilité de ces derniers travaux, on peut toutefois faire le tri des informations :

  • Ce qui en 2011 et 2012 a été contesté, ce n’est pas tant la datation du plomb que celle des écritures qu’il comporte ; « Le grec est plagié de façon absurde à partir d’une inscription publiée en 1958. Le faussaire ne savait pas faire la différence entre les lettres grecques alpha et lambda. Le script hébreu est tiré de la même inscription. Le texte hébreu est en « code », i.e. du charabia. Le visage de « Jésus » est pris d’une mosaïque bien connue. Le cocher est tiré d’une fausse pièce. Le crocodile a une ressemblance suspecte à un jouet en plastique. Ce faussaire n’était pas le professeur Moriarty. Ce faussaire était un empoté insouciant. Cela rend d’autant plus irritant de voir comment les médias sont tombés facilement dans le panneau. » affirmat ainsi le professeur James R. Davila spécialiste du judaïsme du second temple en avril 2011. Il était conforté en cela par un très large consensus scientifique.
  • Pour ceux qui s’intéressent moins à l’histoire pour elle-même qu’à ce qu’elle peut permettre de comprendre, il faut savoir que même si devait être admise l’ancienneté du codex, cela n’en validerait pas pour autant le contenu. De nombreux textes très anciens, en particulier de ceux que l’on appelle apocryphes, se réclamant du christianisme, témoignent de tentatives de récupérations – pour parler dans les termes d’aujourd’hui – du nom et de la vie de Jésus à des fins parfois très suspectes.

En clair, les archéologues peuvent continuer à débattre, et l’on comprendra aisément que certains se soient passionnés pour cette découverte. De même que l’on s’accommodera, blasé, que d’autres tentent de faire du buzz avec. Business is business ! Quant à nous autres, je crains que nous n’ayons guère de choses essentielles à apprendre désormais d’une telle affaire.