Fillon ou le mythe du raz-de-marée catholique

Pope Benedict XVI (R) poses next to French prime minister Francois Fillon (C) and his wife Penelope and their sons Antoine and Edouard during a private audience at the Vatican on October 10, 2009. AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI
AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI / 2009

La petite chanson commence à tourner en boucle sur les réseaux sociaux : contre les sondages et les journalistes, les catholiques auraient fait l’élection du candidat de la droite et du centre pour la présidentielle, en soutenant massivement François Fillon. La preuve ? L’opération séduction menée par François Fillon au cours de sa campagne en direction des catholiques, le ralliement de Sens Commun et, in fine, le vote masssif des départements de l’Ouest en sa faveur. Dédaigneux, refusant de percevoir le poids réel des catholiques en politique, les médias, aveuglés, auraient bien mérité leur claque. Un fabuleux come back au coeur des fantasmes de la Manif pour Tous.

Qui sont les tenants de cette hypothèse ? On les trouve en premier lieu dans le champ médiatique (voir notamment ici et ici) , souvent du côté de ceux qui n’avaient pas prévu la victoire de François Fillon, en ont été comme frappés de stupeur, et n’en veulent sans doute toujours pas. Le vote catholique constitue alors une explication toute faite, sur fond de déferlante rose et bleue, permettant d’établir un lien de causalité incontestable et pratique entre le phénomène Manif pour Tous, sa surprenante mobilisation et l’arrivée de François Fillon en tête du premier tour de la Primaire. Ouf, le candidat de la droite est bien de droite et, parallèlement, la gauche peut aussi exister sur les bases du clivage sociétal. A l’inverse, on les trouve aussi du côté de certains catholiques persuadés de leur poids au sein de la société, de l’omerta médiatique dont ils sont victimes et qui voient dans la victoire de François Fillon – quand bien même ils appelaient à voter en masse pour Jean-Frédéric Poisson à la veille du scrutin -, une revanche à la mesure des manifestations de 2013. Le futur Président est d’essence catholique : les médias n’ont rien compris à la France et la communauté catholique a de beaux jours devant elle.

Le problème c’est que la progressive remontée de François Fillon dans les sondages depuis septembre n’est pas dûe à un engouement croissant des catholiques pour le candidat mais plutôt à la qualité de sa campagne et à la manière dont il a su incarner l’anti-Sarkozy d’une part (l’homme de droite traditionnel, posé et sans histoire) et la croyance en des politiques d’austérité et de transmission des savoir et des héritages nationaux d’autre part, face à la crise ambiante. François Fillon émerge au cours de la campagne comme rejet de la présidence Sarkozy et comme rejet de la présidence de gauche, forçant l’attrait traditionnel de l’électorat de droite pour les politiques d’austérité. L’élection de François Fillon repose donc sur une vision du monde fortement ancrée à droite, faisant la synthèse entre économie, identité et éthique (mettre fin à la gabegie de l’Etat entretenue par la gauche depuis les années 80, réparer le ciment national et patriotique face à une France divisée et en proie aux attaques terroristes, rétablir sur le trône de France un homme capable d’incarner sobrement et avec droiture la fonction présidentielle). Si les préoccupations sociétales et les marqueurs proprement catholiques ont pu intervenir au coeur de l’élection et ne sont pas à négliger, ils ne sont sans doute pas premier dans le résultat final, induisant d’ailleurs un partage entre partisans de Poisson et de Fillon. Les électeurs de François Fillon sont d’abord des électeurs de droite avant d’être des électeurs catholiques. Ou alors leur catholicisme, résumé à des valeurs d’intégrité morale, serait une forme de catholicisme zombie.