Au revoir donc, Cohen

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« Juif, un temps bouddhiste, et jusqu’à se faire moine, Cohen a été hanté par le mystère du christianisme, découvert dans l’enfance. Si l’on peut oser l’écrire si simplement, on dira, après Chesterton, que le christianisme est une religion où la mort est centrale, parce qu’elle propose, dans la résurrection, une issue à cette existence bornée. De cette traversée, de la mort, des apparences, de toute politique et de la religion même, la vie du Christ offre le plus saisissant récit. Plus qu’aucune décennie récente peut-être, les années soixante-dix ont été sensibles à ce récit-là. Let It Be pour les Beatles, l’invocation des routes de Canaan pour Simon et Garfunkel, la création du monde pour Dylan, et Cohen bien sûr, saisi par la douleur des choses et tendu vers un achèvement qu’il pressentait : Story of Isaac, et le Christ inlassablement décrit, comme un marin perdu dans Suzanne, comme un rédempteur lassé dans Passing Through.

François Sureau, dans La Croix…