Le féminisme à l’épreuve de l’économique

Aujourd’hui, pour militer contre les inégalités salariales entre hommes et femmes, un appel est lancé aux femmes : « Travailleuses, arrêtez tout ce lundi à 16 h 34 et 27 secondes précisément. Posez les crayons. Eteignez les ordinateurs. Claquez la porte jusqu’à la fin de l’année. Car à partir de cette heure, les Françaises – qui ont un salaire de 19 % inférieur à celui des hommes environ – travaillent bénévolement. Les 38,2 jours ouvrés restants en 2016 représentent l’écart moyen de rémunération entre femmes et hommes. »

L’économie, voilà où il faut frapper, et on ne peut que les y encourager, après tout. Espérons que cette initiative, si elle est suffisamment suivie, aura un impact positif. Car s’il est bien un domaine étrangement au-delà des limites que pose normalement la morale c’est bien ce qui rapporte des sous ! Le Pape François a bien raison de parler, à un niveau plus global encore, de « terrorisme économique » et de « dictature de l’argent ». Parce que même dans notre société, de laquelle la traite humaine est normalement bannie (sic ! coucou les bons clients de la prostitution), on n’a pas fini de se voir vendre du fantasme masculin à la brouette. Et là, bien souvent, les scrupules sont partis à la plage (mâter du bikini, parce que ça libère vraiment les femmes, c’est bien connu).

Ainsi, alors que Noël approche (si si, commercialement, ça approche) nous savons déjà que nous verrons une énième fois défiler des femmes déguisées en jolis pots de fleurs, à la fin de l’année, pour l’élection de miss France et que d’ici là, nous continuerons d’être abreuvés de publicités alimentant systématiquement la culture du viol (mettant systématiquement en scène des femmes-objets-sexuels), que ce soit pour nous vendre des parfums ou des voitures. Mais, notre ministre de l’éducation nationale le sait bien : le problème doit être traité dès l’enfance. Aussi, puisque les rayonnages de Noël sont sortis dans les magasins, n’hésite pas à te demander si, en dehors du bleu et du rose qui ressortent assez distinctement des rayons ciblant respectivement petits garçons et petites filles, il n’y aurait pas des fois par hasard des perversions enracinées bien profondément quant aux rôles dévolus aux genres, dans notre marketing contemporain, ciblant jusqu’au premier âge. N’y a-t-il pas là ce qu’on peut appeler une « structure de péché » ?

feministe_mais_pas_trop

Alors, attaquer le business, s’interroger sur les images dont nous sommes abreuvés au nom du Dieu argent, voilà qui est vraiment prendre le problème non pas à sa source (qui se trouve très probablement dans un péché très profond de l’homme), mais tout de même plus en profondeur que ce que l’on fera avec quelques beaux discours et infographies savamment travaillées, ou même de quelque événement mondain estampillé féministe. Oui, il est plus que temps de sortir d’un féminisme choupi trop télégénique.