Oui à la crèche, sans Jésus

creche-noelIl était une fois un pays extraordinaire dont les habitants se faisaient la guerre à cause de la paix. Dans ce pays extraordinaire, les juges semblaient penser que la paix serait admise, pour autant qu’elle reste décorative.

Le rapporteur public devant le Conseil d’Etat a rendu ses conclusions dans l’affaire des crèches. Il ne s’agit donc pas de l’arrêt du Conseil d’Etat mais de conclusions – généralement suivies. La position, notable, est celle-ci : la laïcité ne s’oppose pas, par principe, à la présence d’une crèche dans une mairie, bâtiment public par excellence. Le rapporteur a expliqué : « Nous ne croyons pas que le contexte de crispation sur la laïcité vous impose d’instruire par principe le procès de la crèche ».

Mais il y a des conditions et, selon l’AJDA, il conviendrait que la crèche, « objet mixte, à la fois religieux et décoratif (…) s’inscrive dans le temps festif de Noël en tant que fête sécularisée ».

On peut, tout d’abord, se réjouir que le Rapporteur fasse preuve d’une volonté pacificatrice qui sied tout particulièrement à la crèche, nativité du Prince de la Paix. Mais l’objectif sera-t-il atteint, et à quel prix ?

On peut en douter puisqu’il faudra se pencher sur une insondable intention du maire. Pour autant que l’on parvienne à comprendre ce à quoi peut correspondre le « temps festif de Noël en tant que fête sécularisée », il semble donc que la crèche puisse orner une mairie au même titre qu’une guirlande, mais sans plus 1 . Il conviendra donc de débusquer l’intention du maire, et c’est là que le bât blesse et que notre pays nous laisse un peu… pantois.

Le Figaro rapporte plus précisément les conditions posées par le Rapporteur :

Le principe de neutralité «n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public», sauf quand une «intention religieuse » préside à une telle manifestation. Installer une crèche dans une mairie ne peut être autorisé qu’à trois conditions, que cette exposition soit «temporaire», qu’elle ne s’accompagne d’aucune manifestation de «prosélytisme religieux » et enfin qu’elle revête le « caractère d’une manifestation culturelle ou au moins festive », a nuancé le rapporteur.

Prenons donc deux élus. L’un, animé d’une intention religieuse, aime voir dans la crèche ce tableau doux et apaisant du nouveau-né entouré de ses parents, un nouveau-né particulier puisque, souvenez-vous, il est venu apporter la paix. Saint Luc nous dit : «  il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. ». L’autre plante cette crèche comme un fanion, entend rappeler qu’il est ici chez lui, que d’autres n’y sont pas, qu’ils n’y sont pas les bienvenus, ou doivent se soumettre. La première crèche est illégale, la seconde est légale.

La crèche religieuse est illégale, la crèche identitaire est légale.

Que devrons-nous penser des crèches, non traditionnelles, que des maires introduiront demain ? Quel regard faudra-t-il porter sur elles, et l’intention qui a prévalu à leur nouvelle implantation, si elles sont exemptes de toute référence… à leur raison d’être ?

Tout ceci est peut-être bien conforme à la laïcité et au droit. Mais on est en droit de marquer sa perplexité, quand une solution conforme au droit et à la laïcité aboutit à un résulta absurde – au sens propre, c’est-à-dire privé du sens.

 

 

Notes:

  1. On aurait préféré que le Conseil d’Etat se réfère davantage au critère de la tradition locale (cf. la Provence) pour atteindre une visée pacificatrice

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