Sois joyeux !

Sais-tu bien que c’est une vertu, et une vertu de premier ordre ? Si tu es triste et sombre, c’est que tu n’as rien compris au christianisme !

Cela t’étonne, n’est-ce pas ?

La religion, quand tu étais petit, consistait d’abord à se taire à l’église, à n’y pas rire surtout : on n’était pas là pour s’amuser et tu t’y es quelquefois bien ennuyé…

Et maintenant, quand on te parle de vivre en chrétien, d’observer les commandements, c’est contre tout ce qui fait la joie de la vie que tu t’imagines que tu dois lutter. Pour vivre en chrétien, penses-tu, il faut être sérieux, c’est-à-dire comme un bedeau.

Cela ne te sourit pas du tout…

Mais tu es dans l’erreur. Ce n’est pas ce que le Bon Dieu te demande.

Il veut que tu évites le péché. Et, dame !  Il a bien raison, car le péché c’est la source de toutes les tristesses. Mais pour le reste ?… Vas-y gaiement !

Et c’est facile au chrétien.

Qu’est-ce qui te tourmente ?

Tu as l’âme en paix d’abord avec tous :

. Avec Dieu, ton Père, que tu ne redoutes plus,

. Avec tous tes camarades à qui tu n’as fait que du bien,

. Avec toi-même, puisque tu n’as rien à te reprocher.

Et pour le reste, tu sais que tout se terminera dans le Ciel.

Alors ! … Alors !… Eh bien ! de la joie !

C’est Jésus-Christ qui l’a dit « Je suis venu pour vous donner la joie, pour que vous soyez pleins de joie ! ».

Et Saint-Paul l’a redit sur tous les tons : « De la joie, mes enfants ; allons de la joie ! ».

Si après cela tu restes triste comme un bonnet de coton, tu feras un fameux purgatoire ! D’abord parce que tu auras été la plaie de tous ceux qui vivent avec toi ; et puis parce que tu auras dégoûté de la religion de braves cœurs. Et cela, c’est grave.

Allons ! C’est dit ! Sois joyeux, camarade !

« Frères d’Armes », 15 août 1916,

Révérend Père Paul DONCŒUR