Lisez plus souvent l’Evangile que les textes politiques

Mgr Pontier : « Notre société est devenue pluriculturelle »A lire : cette interview de Mgr Pontier, président de la Conférence des Evêques de France, au journal Le Monde.

Sur l’Islam :

Pour l’Eglise, le vivre-ensemble est possible. Il faut le réussir en favorisant les rencontres et tout ce qu’on peut « faire » ensemble. […]

Il vaut mieux encourager ceux-là, ceux qui au sein de l’islam cherchent la manière de vivre leur religion dans la République, que passer son temps à dénoncer les autres.

Sur l’accueil des réfugiés :

Oui, on a du mal à se faire entendre. Cette réalité des réfugiés aussi est instrumentalisée. J’ai un peu honte pour notre pays quand je vois que la petite Jordanie accueille 1,5 million de réfugiés, le Liban autant, quand la Grèce et l’Italie font ce qu’elles peuvent depuis des années. J’ai un peu honte, et pour des chrétiens encore plus s’ils n’arrivent pas à saisir ce devoir d’humanité que nous avons aujourd’hui, et ce devoir de fraternité pour employer le mot de la République, qui est aussi un mot chrétien.

Nous ne pouvons pas faire des incantations sur l’Europe, sur « le pays des droits de l’homme », et ne pas manifester le minimum d’accueil. Il y a une contradiction entre l’image que nous voulons donner de notre pays et la réalité. Ne décrivons pas chaque réfugié comme un terroriste potentiel ! Ce sont aussi des talents qui nous arrivent.

Sur le/la politique :

« La politique » a pris le dessus sur « le politique ». L’organisation a pris le dessus sur les orientations, les projets. On fait des lois et des lois, mais on ne crée pas une capacité à vivre ensemble. On court derrière les exigences de l’économie et de la finance, mais on n’arrive pas à reprendre la main sur les contraintes qui dépassent les Etats. Ce n’est pas cela qui remplit le cœur et la vie des hommes. On ne peut donner le meilleur de soi à un pays si on ne le perçoit pas comme équitable pour l’ensemble de la population.

En second lieu, il fallait réfléchir au concept de nation, de pays, dans une société qui est devenue, qu’on le veuille ou non, pluraliste, plurielle. Comment réfléchir à une identité ? Pas en cherchant à revenir à une supposée identité fermée, éternelle, que tout le monde aurait partagée dans le passé, alors même que les courants migratoires, il y en a eu de tout temps ! Qui, dans sa généalogie, n’a pas une branche venue d’ailleurs ?

Sur le vote FN :

Que leur dire ? D’abord, on voit bien qu’au sein du Front national il y a eu une rupture, la conscience que pour accéder au pouvoir, il fallait changer son image. Regardons objectivement les courants au sein du FN qui ont mené à la rupture avec son fondateur. Ensuite, quel est le projet proposé ? On voit bien que c’est un projet qui nous referme, sur notre pays, sur les « authentiques » Français, qui nous referme par rapport à l’Europe, aux libertés individuelles.

Il y a un gros risque à se laisser embarquer là-dedans. On a besoin d’hommes politiques qui portent le courant de l’ouverture, de la confiance. Qui donnent de l’air ! S’agissant des catholiques, je leur dirais : lisez plus souvent l’Evangile que les textes politiques. Vous y trouverez un souffle qui vous rend accueillant.

Sur le « mariage pour tous » :

Cela fait partie des sujets qui tracassent un certain nombre de Français. Il est donc légitime que certains posent la question aux candidats. Après, comment le situer dans la hiérarchie des préoccupations ? Il faudrait que ceux qui militent dans ce sens [i.e. contre la loi Taubira] ne militent pas que pour cela. S’ils font une fixation sur ce seul point, ils risquent d’obtenir le résultat inverse car ils donnent l’apparence d’une « militance » excessive.