Dieu parle : écoute et apprends

L’éminent bibliste Jan Joosten, met en ligne le manuscrit d’un article publié dans un ouvrage qui vient de paraître : Genèse 2, 17 : L’arbre de la connaissance du bien et du mal (éd. Matthieu Arnold, Gilbert Dahan, Annie Noblesse-Rocher; Paris: Cerf, 2016). L’article s’intitule : « L’arbre de la connaissance du bien et du mal dans son contexte biblique ».

Ce texte exégétique a de l’intérêt à plus d’un titre : d’abord il contribue savamment à mettre en garde contre une interprétation de l’interdit divin de consommer de l’arbre de la connaissance bien et mal, qui serait par trop subordonnée à la parole que le serpent adresse à Eve. Jan Joosten met bien en évidence le fait que la parole du serpent est fondamentalement mensongère. Dieu ne refuse pas à l’homme une part de la connaissance, et il ne veut pas le frustrer. Dès lors, il faut se dégager de cet a priori pour comprendre ce commandement que le Seigneur donne à l’homme.

Replaçant le commandement dans le fil narratif de son énonciation, l’auteur montre que son opacité est la juste porte d’entrée pour sa réception : ce commandement figure la Loi divine tout entière, et n’est finalement que le lieu d’élaboration de la relation idéale entre Dieu et l’homme, la parole donnée, et l’obéissance filiale qui est sa réponse. Peut-être est-ce précisément l’arbitraire (au moins en apparence) du commandement qui est la condition d’une obéissance vraiment libre : l’obéissance ne se fonde alors sur aucune appropriation, ne requiert aucune compréhension préalable. Le commandement suscite une obéissance pure, une confiance totale en la parole divine. C’est en cela que cette obéissance peut réellement être libre, et que, faisant l’expérience de cette obéissance filiale, l’homme peut entamer son étude pour la comprendre.

La connaissance ne vient pas en mangeant un fruit magique. Elle vient, comme tout Israélite le sait, par l’éducation. C’est la crainte de l’Éternel qui est le commencement de la science (Pr 1, 7). En adressant sa parole à l’être humain, Dieu l’élève, l’instruit, le rend responsable et lui offre la  possibilité de réaliser pleinement son humanité. Tout questionnement du genre : « Quelle est cette connaissance dont Dieu a voulu priver l’être humain ? », voire : « Pourquoi Dieu a-t-il voulu interdire à l’homme de connaître le bien et le mal ? », n’est pas à sa place. (p. 8)