Dialogue avec l’Islam : ni irénisme, ni violence

Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars , organise une série de conférences pour apprendre à connaître l’Islam :

 

Lorsque nous observons ce qui se passe actuellement dans le monde, il est manifeste que le grand défi, incontournable, qui s’offre à nous dans les années présentes est celui de la fraternité universelle. Tous les hommes de sagesse et de bonne volonté sont d’accord sur cette priorité. Le philosophe musulman Abdennour Bidar écrivait, dans son Plaidoyer pour la Fraternité, suite aux attentats de janvier 2015 à Paris, que ceux-ci nous rassemblaient de façon instinctive contre le fanatisme en nous faisant prendre conscience qu’il fallait maintenant changer d’ère : passer du « choc des civilisations » à la fraternité des cultures, du choc des indifférences à la fraternité des cœurs.

 

Les attentats meurtriers, qui font malheureusement le quotidien de beaucoup de pays, surviennent maintenant sur notre territoire.

 

Ceux qui mènent ces combats se réclament de l’Etat islamique. Ils font référence au Coran et à une tradition musulmane pour justifier leurs actions. Cela sème la confusion dans les esprits en même temps que la peur. De ce fait, les relations entre les musulmans et les non-musulmans, notamment les catholiques, sont de plus en plus tendues. La méfiance réciproque tend à paralyser les relations. Des clichés les plus divers circulent. Un certain nombre de courants politiques instrumentalisent la situation.

 

Dans ce contexte difficile, nous voyons des approches réductrices qui conduisent aux prises de position les plus diverses, y compris chez ceux qui se réclament de la foi chrétienne : depuis l’irénisme inconscient et le syncrétisme, jusqu’aux simplismes binaires et aux attitudes violentes.

 

Tous ces comportements révèlent un grave déficit de raison et souvent aussi d’espérance. Il est donc urgent de prendre un peu de recul et de se donner les moyens de réfléchir avec sérieux, loin de la pensée unique, de la culture de l’affrontement, comme des emballements passionnels.

 

 

Cette approche doit prendre en compte la complexité du réel et de l’infinie diversité des situations concrètes : on n’est pas musulman de la même manière en France, en Afrique du Nord, en Afrique Noire, au Proche Orient ou en Asie !

 

Elle doit également faire droit aux exigences de la rigueur et de la raison, sans crainte d’aborder les questions susceptibles de déranger notre manière spontanée ou habituelle de voir les choses.

 

Dans ce travail d’intelligence, les chrétiens ont un témoignage spécifique à apporter, car nous devons nous souvenir que la foi chrétienne a le dialogue pour vocation. Etant nés d’un Dieu en qui il y a dialogue puisqu’il est Trine ; étant créés à l’image et à la ressemblance de ce Dieu Trine, nous sommes constitués pour l’altérité, la rencontre et le dialogue. C’est en quelque sorte notre ADN ! D’ailleurs il est aisé de repérer que lorsque des chrétiens catholiques prennent une initiative, ils sont capables de réunir ensemble des humains aux appartenances les plus diverses. Il suffit de citer le rassemblement d’Assise, initié par le pape Jean-Paul II, pour en donner une illustration.

 

Je vous invite à relire et méditer ce qu’écrivait le pape Paul VI dans sa belle Encyclique Ecclesiam suam, en 1964 : L’Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Eglise se fait parole ; l’Eglise se fait message ; l’Eglise se fait conversation (n° 67).

 

Le dialogue ne saurait se cantonner à des propos lénifiants ou insignifiants. Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions difficiles ! Cela suppose de bien savoir qui nous sommes et implique de chercher à comprendre l’autre. C’est-à-dire que cela exige de chercher ensemble la vérité.

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