Lectures du 27ème dimanche du Temps Ordinaire : Le juste vivra par sa fidélité

Icône représentant Habacuc (XVIIe siècle)
Icône d’Habacuc (XVIIe siècle)

La première lecture de ce dimanche est l’agrégation de deux extraits du livre du prophète Habacuc : un extrait (1,2-3) du premier appel du prophète à Dieu contre l’injustice qu’il voit prospérer au milieu de son peuple, et un autre (2, 2-4) de la seconde partie du livre, la réponse de Dieu en forme de vision au deuxième appel du prophète ; une réponse se terminant par cette sentence bien connue, et largement diffusée dans l’Eglise depuis sa première citation par Paul dans l’Épître aux Romains (Rm 1,17) : « le juste vivra par sa fidélité » (Ha 2,4) 1.

Dans sa note d’introduction sur le livre d’Habacuc, la TOB 2 fait un petit rappel des traditions de réception de ce texte qui nous éclaire sur son usage dans la liturgie de ce jour :

La communauté de Qumrân l’interprète comme un éclairage décisif, porté sur les événements tumultueux qu’elle a connus. La première communauté chrétienne y a également recours lorsqu’il s’agit pour elle de définir le statut du croyant par rapport au Dieu de Jésus Christ. Les citations de Ha 2,4 par les épîtres du N.T. (Rm 1.17 ; Ga 3.11 ; He 10.38) étendent la signification du terme central de fidélité pour lui faire exprimer la foi, telle qu’elle est conçue par les auteurs chrétiens (voir Rm 10.9). Cet accent se retrouve dans la majorité des écrits des Pères de l’Eglise qui font appel à ce verset de Habaquq. On sait aussi que ce thème est comme placé en exergue de l’oeuvre initiale de Luther, le Commentaire de l’Épître aux Romains.

Cette interprétation s’est probablement répandue avec le christianisme ; aussi, à partir du IIème siècle de notre ère, les commentateurs juifs vont-ils minimiser la portée de l’affirmation clé, soit qu’ils lisent : son âme n’est pas droite en lui et un juste ne vivra pas par sa fidélité (par sa foi seule), en étendant la portée de la négation au second membre de la phrase [ndlr. ce que le texte hébreu permet grammaticalement], soit qu’ils la considèrent comme un pis-aller, accordé comme à regret à des fidèles peu enthousiastes : à ceux pour qui le joug de la Torah est trop pesant et qui ne peuvent accomplir ses 613 prescriptions, il est concédé de ne se plier qu’à une seule d’entre elles, la plus facile : l’affirmation de la foi monothéiste, au minimum.

La première lecture de ce dimanche est ainsi mise en lien, par la liturgie, avec l’évangile du serviteur inutile (Lc 17,5-10). Sur le registre de la foi d’abord : Augmente en nous-la foi (v.  5) … Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde (v. 6).  Autrement dit : commencez donc par avoir seulement un tout petit peu la foi, avant de me demander de l’augmenter ! Et sur le registre de la fidélité ensuite, afin de porter l’accent sur la nécessité pour le disciple de rester fidèle au service de Dieu jusqu’à la fin des temps, sans porter d’appréciation particulière sur sa justice, et de ne pas attendre de quelconque gratification de cette fidélité ici-bas. Pour le dire autrement : ne pas s’enorgueillir d’une éventuelle fidélité à Dieu. Bref, focus sur ce point de départ vers lequel revenir sans cesse pour qui prétendrait être un disciple du Christ : H-U-M-I-L-I-T-É !

Notes:

  1. Hiebert, T. (1994–2004). The Book of Habakkuk. In L. E. Keck (Éd.), New Interpreter’s Bible (Vol. 7, p. 640). Nashville: Abingdon Press.
  2. Traduction Oecuménique de la Bible, éd. Bibli’o – Société biblique française / Cerf, 2010, p. 770.